décembre 2020

Senior ça veut dire quoi ?

Texte Senior

A partir de quel âge est-on senior ? Qu’est ce que signifie véritablement ce mot ? 
Nous avons demandé au sociologue Serge Guérin de nous l’expliquer. 

Certains de nos lecteurs ne vous connaissent pas encore, présentez-vous.

Photo Serge Guérin

Je suis professeur à l’INSEEC où j’enseigne la sociologie et où je dirige le Master of Science « Directeur des établissements de santé ». J’ai fait ma thèse en Sciences de la Communication sur l’évolution du contenu et des appréciations du lectorat de Notre Temps. Je partais sur deux hypothèses, à l’époque révolutionnaires : le vieillissement de la population allait changer la société et  les personnes dites âgées évoluent et ne sont pas imperméables à l’évolution du contexte social.

J’ai publié plus d’une trentaine ouvrages dont dernièrement : « Les Quincados », Calmann-Lévy, 2019 ; « Médecines Complémentaires et Alternatives », en co-direction avec Véronique Suissa et Philippe Denormandie ; « La guerre des générations aura-t-elle lieu ? », Calmann-Levy, 2017, avec Pierre-Henri Tavoillot.

Récemment j’ai créé  A-MCA (l’Agence des Médecines Complémentaires et Alternatives), association de recherche et de structuration du soin relationnel dans l’univers de la santé.

Quelle est votre définition du senior ?

Je propose de faire un détour par l’analyse sociologique. Si la seniorisation de la société a transformée progressivement le paysage social et culturel, c’est aussi parce que les seniors ont connu leur propre révolution culturelle. Influencés par les transformations économiques, sociales et culturelles, dont ils ont été des contributeurs, ils sont plus en capacité qu’hier d’influencer la société. En moins de 20 ans, la notion de « 3ème âge » ou de « vieux » pour évoquer « les personnes âgées » a volé en éclat. La crise pandémique a aussi fait bouger les représentations de l’âge. En revanche, le mot retraité est toujours en vigueur et le regard social sur ces derniers n’a guère évolué.

On s’amusera que le grand groupe des seniors puisse recouvrir des personnes à partir de 45 ans jusqu’à 115 ans… Cela représente environ 25 millions de personnes, plus du tiers de la population ! Bien évidemment, on brasse ainsi trois générations qui vivent des situations différentes et qui ont des histoires distinctes. Schématiquement, les plus jeunes des seniors peuvent être englobés dans la catégorie des quincados, les seniors du milieu seraient les silvers et les plus âgés, les aînés.

Par ailleurs, de la même façon que la notion de « jeunesse » recouvre des réalités différentes et parfois opposées, en particulier en fonction des origines sociales, des modes et des lieux de vie ou encore des situations professionnelles, les seniors se définissent de plusieurs manières et le qualificatif recouvre des situations bien différentes. Ne serait-ce que parce que les uns sont encore dans une activité (ou en recherche) professionnelle, alors que d’autres émargent dans la catégorie des retraités.

« … le grand groupe des seniors … représente environ 25 millions de personnes, plus du tiers de la population ! »

Comment dédramatiser le mot senior ?

On peut évoquer les personnes autrement que par leur âge ! Je propose de partir des styles de vie, pour distinguer au moins quatre types de seniors[1].

Les Seniors Traditionnels (les SeTra)  développent des comportements à l’image de ceux de leurs aînés et conservent un grand sens de leur rôle social. Par exemple, la responsabilité face à leurs enfants est progressivement remplacée par une implication identique auprès de leurs petits enfants et de leurs propres parents. Arrivés à la retraite, ils restent très consommateurs et sont très sensibles aux questions de sécurité.

Les Seniors Fragilisés (les SeFra) qui peuvent subir une dégradation physique, neurologique, morale ou économique. Ils sont en perte d’autonomie par manque de mobilité physique, par diminution de capacité cognitive, par sentiment de ne plus être dans la société. La fragilité économique peut aussi conduire à faire perdre leur autonomie à ces personnes.

Les Boomers Bohêmes (les Boobos). Ces jeunes seniors, forment de fait une nouvelle catégorie sociologique et représentent une autre façon de vivre leur retraite, cet après-midi de la vie. Ces boobos bénéficient du triangle d’or symbolisé par le temps disponible, pour ceux qui sont en retraite, le pouvoir d’achat et la santé. Les plus jeunes forment ce que j’ai appelé les Quincados.

Enfin, les Boomers fragilisées (ou BooFra). Ces derniers commencent tout juste d’apparaître. Ce sont des Boobos devenus plus fragiles en raison de l’avancée en âge et de la survenue d’handicaps ou de maladies. Ils entendent toujours revendiquer attention et confort. Ils peuvent choisir d’entrer en maison de retraite, mais voudront rester des citoyens et conserver un lien avec le monde.

[1] Guérin Serge, L’invention des seniors, Hachette Pluriel, 2007.

Vous avez lancé les Etats Généraux de la seniorisation, pourquoi et quels sont les retours ?

Née de la société civile, les États Généraux de la Séniorisation (EGS) – initiés lors du  1er confinement – sont le fruit d’une co-construction de la pensée entre des experts impliqués (institutionnels, élus, chercheurs, etc.) et des citoyens engagés (étudiants, retraités, anonymes…). Avec le docteur en psychologie, Véronique Suissa, et le chirurgien, Philippe Denormandie, nous nous sommes positionnés dans une approche transversale et transpartisane, pour porter une initiative collégiale permettant de (re)penser collectivement une politique « post-covid » du Grand Âge.

Dans cette optique, un « cahier citoyen » – remis aux pouvoirs publics – a été élaboré par les 60 membres du collectif et co-construit avec plus de 8000 citoyens votant ayant formulés près de 250 recommandations. Ce document, inédit dans sa forme comme dans son contenu formule ainsi un ensemble de recommandations citoyennes structurantes visant à répondre aux enjeux transverses de la séniorisation de la société.

Face à la demande croissante d’implication citoyenne dans la démarche portée par les EGS, le dispositif a évolué afin de renforcer en son sein la participation active des personnes aux enjeux pluriels de la séniorisation de la société. 

Ainsi, les EGS se sont très rapidement situés dans une pratique démocratique centrée sur le partage d’expériences et d’expertises. Au-delà de la consultation numérique des citoyens, le développement de « débats citoyens » s’est révélée comme une évidence. Il constitue l’une des missions centrales des EGS envisagée comme un levier d’innovation en faveur d’une nouvelle forme de pratiques démocratiques.

C’est dans ce contexte que les EGS ont développés un modèle structuré de « débats citoyens » centré sur la valorisation de la parole citoyenne.  Un site a été mis en place pour porter ces débats et échanges.

Si la question de la séniorisation de la société vous intéresse n’hésitez pas à vous rendre sur les réseaux sociaux de Serge Guérin : @Guerin_Serge@EGSseniors et sur son site pour suivre son actualité. 

Serge Guérin est intervenu le 8 décembre dernier sur France Inter à propos d’une question qui nous brûle à tous les lèvres « Comment va-t-on fêter Noël » ? 

Crédits photos : 
G Roubaud
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